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Gestation :Préparation à la fécondation

Avant la fécondation , la jument doit être en poids stabilisée ou ascendant si celle-ci est maigre.
Il importe d'éviter toute sous alimentation en surestimant par exemple la consommation au pâturage de même que la valeur des fourrages.
Une légère suralimentation " Flushing " avant la saillie favorisera la fécondation.
Il faudra néanmoins éviter tout embonpoint.

Durée

La durée de la gestation varie en fonction des races ( variabilité génétique ) ainsi qu'en fonction du sexe du poulain.
Les mâles sont portés en général par les juments 3 à 4 jours de plus que les femelles.
Un effet saisonnier intervient également avec un allongement de la gestation pour les juments qui poulinent de mars à mai par rapport à celles qui poulinent d'août à septembre.
La gestation est de 11 mois environ soit 340 jours en moyenne avec des écarts de 310 à 365 jours.

Début de la gestation

La jument ( type selle Français : 500 kg ) sera alimentée sans excès jusqu'au 8° mois de gestation.
Ses besoins se situent à 4.5UFC et 400 gr. De MADC ( matière azotée digestible cheval ) par jour. Ceux-ci seront couverts par une ration journalière de 5 à 6 kg de foin de pré et de 2.5 à 3 kg d'aliment granulés ou floconnés dosant 11 à 12% de protéines brutes et 0.70 à 0.75 UFC.
Ces apports seront ajustés si la jument est à l'herbe et que la valeur nutritive de celle-ci est significative.
Beaucoup d'éleveurs ont tendance à suralimenter à ce stade de début de gestation.
Contrairement à la fin de gestation ou le poulain est nutritionnellement prioritaire par rapport à sa mère. Durant le début de gestation , la jument n'a pas de besoins spécifiquement supérieurs à ceux liés à l'entretien.

Fin de la gestation

Il conviendra d'ajuster les apports nutritionnels de la jument pour obtenir ces apports journaliers suivants :

( Jument de 500 kg )

 

UFC > énergie

MADC > protéines digestibles

 

(unité fourragère cheval )

( matière azotée digestible cheval )

7° MOIS

4.5

400 g

8° et 9° MOIS

5 à 5.5

400 g

10 ° MOIS

5.5 à 6

460 g

11° MOIS

5.8 à 6.5

500 g



Nous constatons qu'une légère augmentation des besoins doivent être couverts durant les dernières semaines avant le poulinage.
La jument " fabrique " les 2/3 du poids du fœtus durant les 3 derniers mois de la gestation.

Risques liés à la sous-alimentation

Cette légère augmentation de la ration permettra d'éviter une perte d'état lié au déficit d'appétit constaté durant cette période de même que la garantie d'une lactation optimum.
En effet toute sous alimentation aura pour conséquence d'entraver le développement du poulain, de mal préparer la future lactation, de contrarier la production d'immunoglobulines assurant la production d'un colostrum de qualité ainsi que la relance de la fonction ovarienne conditionnant une involution utérine rapide , des chaleurs précoces et une future fécondation réussie.

Risques liés à la suralimentation

Durant cette période de fin de gestation la suralimentation reste très fréquente même avec un faible appétit de la jument.
Un des risque majeur est d'augmenter le poids du poulain et de ce fait provoquer un poulinage difficile et dangereux avec risque de rupture des artères utérines , blocage de la parturition, déchirures vulvaires, métrite, fourbure et naissance d'un poulain plus fragile.
Une autre risque est de pénaliser la future lactation par infiltration de graisse dans la mamelle et une plus faible adaptation des mécanisme hormonaux retardant les chances d'une fécondation précoce.

Début de la lactation

Les besoins sont particulièrement élevés durant les trois premiers mois de la lactation.
Beaucoup trop d'éleveurs sous estiment cette réalité et de ce fait réduisent les chances d'une lactation et d'une fertilité maximum en pénalisant leur rentabilité économique.

Besoins :

 

UFC > énergie

MADC > protéines digestibles

 

(unité fourragère cheval )

( matière azotée digestible cheval )

1° MOIS

10 à 11

950 g

2° et 3° MOIS

9.2

750 à 800 g

4° MOIS

7.5

600 g



puis réduire les apports de 10% par mois jusqu'au sevrage du poulain.

Risques liés à la sous-alimentation

Les déficits en énergie et en protéines sont particulièrement préjudiciables pour la jument et entraînent une diminution de la production laitière, des poulains chétifs à la naissance, une inhibition des glandes hormonales, une diminution de l'activité ovarienne, des résorption embryonnaire et une perte d'état général de la jument.
Les rations hivernales à base de foin de pré et de céréales sans correction azotée prédisposent fortement aux risques cités. L'idéal étant de distribuer des aliments spécifiques à l'élevage dosant au minimum 15 à 16 % de protéines brutes et 0.85 à 0.90 UFC par kilo d'aliment.
L'énergie contenue dans ces aliments sera en général apportée par des lipides d'origine végétale. Cet apport d'acides gras essentiels fournira de l'énergie concentrée sous un faible volume et favoriser le maintien de l'état corporel, évitera les retards d'oestrus, la non fécondation et la mortalité embryonnaire.

Risques liés à la suralimentation

La suralimentation est en général assez rare. Il s'agit plutôt de ration excédentaires en céréales qui vont déséquilibrer le ration CA/P, de même que des apports excessifs d'amidon qui vont favoriser les dépôts de graisse au niveau de la mamelle et entraver la lactation.
Dans les cas de distribution anarchique de protéines comme avec du soja ou des quantités d'aliments azotés trop abondantes, nous constaterons une baisse de la fertilité par surcharge hépatorénale qui conduira à un déséquilibre hormonal.
Cet excès de protéines contribuera à la production d'amines et de toxines qui perturberont fortement la flore intestinale ainsi qu'augmenter le risque de mortalité embryonnaire.

Déséquilibre minéral - Oligo-éléments

Les rations riches en céréales en début de lactation vont entraîner des excès de phosphore (hyperphosphorose) qui vont perturber l'assimilation des oligo-éléments de même que celle du calcium.
Un déficit en calcium bien qu'ayant un rôle plus restreint favorisera l'infécondation ainsi que les problèmes liés à l'involution utérine.
Un déficit en phosphore provoquera des difficultés de fécondité, des chaleurs espacées, discrètes voir absentes.
Des carences en manganèse et de zinc provoqueront des retards d'oestrus et des absences de chaleurs.
Des carences cumulées de zinc et de cuivre favoriseront des problèmes de fertilité, de malformations fœtales, de poulains chétifs de même que d'ostéochondrose (déformation ostéocartilagineuse), les carences en cuivre sont assez fréquentes.
Le cobalt n 'a pas d'effet direct sur la reproduction mais agit en tant que précurseur de la vitamine B 12 dont la carence favorisera les anomalies fœtales.
Le sélénium joue un rôle sur la fertilité et prévient la myopathie du poulain.
L'iode intervient dans l'activité ovarienne, la synthèse des hormones thyroïdiennes et sa carence favorisera les avortements et les poulains goitreux.

Les vitamines

La vitamine A joue un rôle important au niveau de la reproduction.
Elle agit sur l'apparition des chaleurs, l'élaboration de la progestérone, facilite la ponte ovulaire, la nidation de l'embryon et la rétention du placenta.
En fin d'hiver des carences sont fréquentes par oxydation du carotène dans le foin, par mauvais fanage ( pluies ) ainsi que durant les années sèches par destruction du carotène par les ultra-violets.
La vitamine D améliore l'assimilation du manganèse et du zinc. Si les juments sont en stabulation à l'abri des rayons solaires , il conviendra d'apporter aux juments entre 8000 et 10 000 UI par jour et par jument.
La vitamine E a un rôle sur la synthèse des hormones sexuelles, sur la fertilité en général .

Autres risques

Il faudra veiller à ne jamais distribuer de foin moisi ( champignons ) de même que de sortir l'hiver les juments trop tôt sur des prairie gelées ( givre ) ce qui aura de grandes chances de conduire à des avortements.

Rationnement pratique

Juments vides :
  • ration d'entretien
  • pâturage
  • foin
  • aliment type : 10.5 à 11.5% de protéines brutes et 0.70 à 0.75 UFC
Préparation à la gestation
  • veiller à l'état corporel
  • jusqu'au 8° mois : 4.5 UFC - 400 g MADC
  • 8° et 9° mois : 5 à 5.5 UFC - 400 g MADC
  • 10° mois : 5.5 à 6 UFC - 460 g MADC
  • 11° mois : 5.8 à 6.5 UFC - 500 g MADC
  • les 2/3 du poids du fœtus au cours des 3 derniers mois
  • une jument de 500 kg doit avoir gagné 13% de poids en fin de gestation : Ø 65 kg
le placenta et le liquide amniotique représentent : 15 à 20 kg

PRIVILEGIER DES ALIMENTS ELABORES SPECIFIQUES " ELEVAGE " QUI CONTIENNENT : 15 à 16% de PROTEINES BRUTES / KG. Et 0.85 à 0.90 UFC.
distribuer des fourrages de qualités ( foin de pré )

La lactation
  • Pic de lactation : 2 MOIS ½
  • 15 à 18 l / jour ( type selle )
  • 1500 à 2000 j / lactation
  • juments lourdes : 20 à 25 l / jour
composition du lait
  • 105 g de matière sèche / litre
  • 20 à 22 g de protéines
  • 13 à 15 g de lipides
  • 4.5 g de minéraux dont 1 g CA et 0.7 P
  • environ 600 KCAL / litre ( vache : 750 )
  • 1 litre de lait produit = 0.27 à 0.30 UFC
Besoins nutritifs : lactation
  • ils doublent pratiquement au cours des 3° mois de la lactation
  • > 9 à 10 UFC / jour
  • > 950 g MADC : 1° MOIS
  • > 750 à 800 g MADC : 2° et 3° MOIS
  • matière sèche : 12 à 14 kg le 1° mois puis 10 à 13 kg les 2° et 3° mois
Sources

P.FRAUCIEL
- Nutritionniste Equin
- Diplômé du Haras National Irlandais
- Directeur de la société Royal Horse